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Cette vaste somme illustrée prend son objet au sérieux pour éclairer d’un jour réjouissant deux siècles d’évolutions sociales en France. Par André Loez (Historien) 🔸

Sous l’apparence d’une lourde somme universitaire, L’Empire du rire est une lecture réjouissante. Non pas, de façon simpliste, à cause de son objet : les auteurs ne cherchent jamais le bon mot ni la connivence facile avec le lecteur. Si l’on est souvent amusé par les illustrations, d’une remarquable variété, l’essentiel n’est pas là. C’est en prenant le rire au sérieux que l’ouvrage procure un véritable plaisir.

Le prendre au sérieux, dans la durée, c’est d’abord offrir une « encyclopédie stéréoscopique » de sa présence et de ses usages, depuis son épanouissement sous la monarchie de Juillet (1830-1848) jusqu’à ses avatars numériques. A partir de 1830, le relâchement de la censure et l’essor de la presse, qui permettent à Charles Philipon (1800-1862) de dessiner ses célèbres « poires » pour ridiculiser Louis-Philippe, marquent en effet l’entrée dans la modernité du rire. Celui-ci se déploie depuis lors dans un espace public, où il devient simultanément une arme et une marchandise : le vecteur des critiques les plus féroces comme des succès commerciaux les plus consensuels, Charlie Hebdo comme Bienvenue chez les Ch’tis. Loin d’être anecdotique ou marginal, le rire se révèle constitutif de la trame politique, médiatique et marchande du monde contemporain.

« L’Empire du rire. XIXe-XXe siècle », sous la direction de Matthieu Letourneux et Alain Vaillant, CNRS Editions, 998 p., 32 €, numérique 23 €.

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