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Le conteur, la nuit et le panier, le nouveau livre de Patrick Chamoiseau, élabore, à partir de l’émergence du conteur créole, une relation plurielle au monde, aux langues, au temps. Il s’y déploie une pensée complexe et revigorante du geste poétique et de sa portée.

Contrairement aux apparences (la quatrième de couverture), Le conteur, la nuit et le panier n’est pas un récit à partir duquel se déploient des réflexions personnelles sur la littérature, la voix, l’organisation de la parole, la relation différente qu’elle instaure avec le monde, l’histoire, la vérité, mais un essai qui se nourrit et se constitue à partir de l’expérience et du récit. Il s’y développe une pensée qui se relie à une trame quasi mythifiée, à une sorte de scène primordiale qui se devine. Et le livre de Patrick Chamoiseau se déploie ainsi dans un pli narratif quasi absent – la destinée d’un conteur antillais lors d’une cérémonie funéraire à la fin du XVIIe siècle.

Au cœur de la nuit, le vieil esclave, transfiguré par la langue qui jaillit de lui, se transmue, prend sur lui, dans son corps, une forme ultime de résistance. D’une histoire, d’une socialité, d’une mémoire oblitérée, presque taboue. Le livre raconte ce mouvement même de la langue, la place qu’elle gagne contre la violence, l’infra-existence qu’elle permet. Il y a là la puissance des contes primordiaux, la vitalité d’une parole sacrée. La veillée mortuaire pendant laquelle il se saisit de la parole préside, pour Chamoiseau, à l’érection d’une autre littérature, déviée, libre, reconnue, revitalisée, celle d’un nouveau monde, d’une nouvelle réalité. Son récit, sa mise en scène discrète, les réflexions que l’écrivain développe à partir de cette scène fondatrice, posent le principe d’une déviation – non dénuée d’ambiguïtés – du récit, des voix qui le portent, de leur place, de leur densité en quelque sorte.


Patrick Chamoiseau, Le conteur, la nuit et le panier. Seuil, 272 p., 19 €

 

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