Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pages

Depuis ses débuts, critiques et cinéastes prédisent la mort du septième art. Cet essai revigorant montre comment il ne cesse au contraire de se réinventer. Par Juliette Cerf 🔸

Bienvenue au royaume des ombres. Personnages, écrivains, critiques, ciné­astes sont formels : tous ont, avec le même sérieux, prédit la mort du cinéma, magnifique sujet du nouveau livre, illustré, d’Antoine de Baecque. Ainsi, Alexandre, héros de La Maman et la Putain (1973) : « Peut-être que quelqu’un de très vieux, un ancêtre se souviendrait encore, et expliquerait aux jeunes qu’il y avait des cinémas, que c’était des images qui bougeaient, qui parlaient. Et les jeunes ne comprendront pas. » Ainsi, l’écrivain Antonin Artaud, en 1933 : « Le monde cinématographique est un monde mort, illusoire et tronçonné. » Ainsi, le critique André Bazin, dans un article de 1953, « Le cinéma est-il mortel ? » : « Peut-être n’est-ce même que par une illusion d’optique de l’histoire, ­fugace comme le dessin d’une ombre par le soleil, que nous avons pu pendant cinquante ans croire à l’existence du cinéma ? » Ainsi, le réalisateur Jean-Pierre Melville, en 1970 : « Je ne sais pas ce qui restera de moi dans cinquante ans. Probablement tous les films auront pris un coup de vieux terrible et le cinéma n’existera sans doute plus. J’estime que la disparition du cinéma aura lieu vers l’an 2020 et que dans cinquante ans ­environ il n’y aura plus que la télévision. »

Et, en 2020, en effet, comme le constate Antoine de Baecque dans son épilogue, point d’aboutissement vertigineusement contemporain de sa réflexion historique : « Le cinéma s’est arrêté. » Vies confinées, salles fermées, festivals annulés… et l’application Netflix téléchargée plus de huit millions de fois, rien qu’en France, durant la seule semaine du 23 mars 2020. 

 


| Éd. Gallimard, coll. Bibliothèque illustrée des histoires, 368 p., 28 €.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article