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Talent incontestable du premier quart du XXe siècle, avec Pirandello et Svevo, Federigo Tozzi eut le temps d’écrire quelques romans. Il mourut à trente-sept ans en 1920. La Baconnière depuis quelques années réédite ses ouvrages. L’histoire particulièrement dramatique de ce Domaine a sans doute des relents autobiographiques : Federigo était le fils d’un propriétaire terrien de la région de Sienne. Par Philippe Leuckx 🔸

Rappelé au chevet de son père qu’il n’a plus vu depuis longtemps, Remigio, seul enfant de Giacomo, est amené, sans aucune compétence, à gérer un vaste domaine. Il y retrouve sa belle-mère Luigia et les ouvriers agricoles, dont l’irritable Berto, qui, dès le départ, lui en veut pour ne pas être à la hauteur de sa tâche. Sans compter la maîtresse spoliée de la succession, Giulia, qui va tout mettre en œuvre pour regagner son dû.

Remigio est non seulement faible mais inconstant ; il a l’art de se mettre à dos même les plus fidèles. Aussi il est vivement critiqué et reçoit une volée de plaintes et d’assignations en justice. Tel veut récupérer l’argent de deux cochons impayés ; d’autres le coût de denrées qui n’ont jamais été réglées.

Souvent, Remigio se sent dépassé par les événements et multiplie les déconvenues ; son ami l’avocat Neretti a beau lui souffler la bonne direction, Remigio s’entête et s’enfonce peu à peu et dans le déni et dans une situation catastrophique. Il sait intimement qu’il ne pourra pas sauver la Casuccia, son domaine. La perte des fourrages, l’incendie de la meule de blé, la perte des procès engagés : le tableau est sinistre et la fin ne fait plus de doute.

En vingt-six chapitres, le roman, huilé par une narration maîtrisée, décrit à la perfection un monde agricole, marqué par les haines, rongé par les coups du sort. Tozzi montre là sa grande connaissance des âmes, parfois retorses, et celle de ce monde de la campagne, où les jalousies sont telles qu’elles empêtrent toute relation véritable.

 

Le Domaine, avril 2021, trad. italien, Philippe Di Meo, 224 pages, 20 €

Ecrivain(s): Federigo Tozzi Edition: La Baconnière

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