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Rika, seule à Chiang Mai, peut respirer, enfin. Elle fuit l’existence rangée qu’on attend d’elle. Un roman entre lumière et ombre. Par Nils C. Ahl 🔸

Avec des si, Rika n’aurait certainement rien fait de tout cela. Elle ne serait pas cette silhouette parmi d’autres dans le vieux centre de Chiang Mai. Une ville du nord de la Thaïlande où, « dans les rues blanchies par le soleil, elle avait partout l’impression qu’existaient des trous sombres ». Une ville où l’on disparaît – car Rika doit disparaître. Elle n’a pourtant pas « voyagé trop longtemps », comme ces gens qu’elle croise sans cesse dans cette ville d’ombres et de soleil. Rika est en fuite, son portrait est dans les journaux au Japon. Ses camarades de lycée, un ancien petit ami, des connaissances se demandent tous ce qui lui a pris – sans parler de son mari. Une femme de 40 ans, « sage et sérieuse », qui devient escroc de haut vol du jour au lendemain ? Certainement une histoire d’homme…

Ou pas. Car les héroïnes de Mitsuyo Kakuta, née en 1967, lauréate du prestigieux prix Naoki en 2005 pour Celle de l’autre rive (Actes Sud, 2008), sont à la fois la somme de leurs sentiments (souvent complexes), mais également le produit des circonstances et des événements (toujours imprévisibles). Dans ce très beau et très maîtrisé Lune de papier, rien d’évident qui puisse se réduire à une intrigue de feuilleton. Sinon ce motif entêtant de la femme en fuite, voire en cavale, déjà dans l’impressionnant La Cigale du huitième jour (Actes Sud, 2015), récit d’un enlèvement et d’une longue échappée. Des femmes qui passent d’une ombre à une autre, faisant profil bas. Mais pour elles-mêmes, désormais.

« Lune de papier » (Kami no tsuki), de Mitsuyo Kakuta, traduit du japonais par Sophie Refle, Actes Sud, 352 p., 22 €, numérique 17 €.

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