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Réponses (ou pas) dans les essais d’Albert Ogien, Raphaël Challier et Vanessa Jérôme. Par Sylvain Boulouque 🔸

Les nouvelles modalités du militantisme interrogent les chercheurs, une petite salve d’enquêtes vient de sortir. Suite aux mouvements sociétaux de ces dernières années, Albert Ogien (né en 1950), membre émérite du Centre d’études des mouvements sociaux, propose dans son nouvel essai, une réflexion sur les nouvelles formes de mobilisations. Celles-ci reposent principalement sur l’entrée dans l’espace politique de citoyens qui n’en possèdent ni le savoir ni les codes, voire qui veulent en bouleverser l’ordre et en rejettent la représentativité traditionnelle. Le nouvel activisme militant à la manière de #MeToo et de Black Lives Matter façonne largement l’espace public. Autour de six grands thèmes, le sociologue analyse comment la société civile s’est transformée en agora citoyenne où la prise de parole est favorisée, formant une nouvelle forme consistante de démocratie. En dépit des déclarations d’hommes politiques sur la « rue qui ne gouverne pas », elle demeure un lieu central de l’activisme par ses démonstrations spectaculaires. Les deux premiers éléments sous-entendent une redéfinition du militantisme par l’activisme, même si l’on est tenté de se dire qu’il n’y a pas de changement fondamental par rapport aux périodes antérieures. N’attribue-t-on pas à Jacques Duclos la phrase sur les chiffres arithmétiques et politiques à propos de l’importance des manifestations ? Le PCF avait alors une certaine science de cette occupation de la rue. Les modifications de l’action publique entraînent un changement dans le mode de participation à la vie publique mais aussi dans la rupture rapide du jeu des alliances, comme l’illustre le mouvement 5 Étoiles en Italie passant de la remise en cause des élites à l’alliance avec ses mêmes élites qu’elle soit post fasciste avec Salvini ou libérale avec Prodi puis Draghi ou plus classiquement, Podemos en Espagne, qui refuse le système jusqu’à l’alliance avec le PSOE. La thèse centrale d’Albert Ogien est que l’activisme conduit à refaire de la politique. Plusieurs remarques s’imposent. Étonnamment, l’essai ne se focalise que sur l’activisme de gauche, autonome ou libertaire. L’extrême droite est totalement absente si ce n’est effacée de l’analyse. Même si cette dernière ne propose qu’une définition réduite et réductrice de la citoyenneté, il est difficile de la supprimer du débat et plus encore de ll’étude. On est extrêmement surpris de pas voir apparaître la fachosphère pour ce qui concerne l’activisme sur internet, car en la matière, elle a plusieurs longueurs d’avance de même que dans ses modes d’intervention publique.

 

Simples Militants. Comment les partis démobilisent les classes populaires, Raphaël Challier, PUF, 368 p., 21 €. Paru mars 2021

Politique de l’activisme. Essai sur les mouvements citoyens, Albert Ogien, PUF, 232 p., 16 €. Paru mars 2021.

Militer chez les verts, Vanessa Jérome, Presses de Sciences Po, 22 € 302 p., 22 €. Paru mars 2021

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