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Il aura fallut près d’un demi-siècle pour ce texte paraisse en version intégrale non-censurée, ce qui en dit long sur le sexisme de ce pays et la terreur des braves gens face à la sexualité féminine. Car finalement, les pérégrinations de ce court roman sont bien plus tapageuses que son contenu : une simple histoire d’amour entre deux adolescentes, dans un pensionnat de jeunes filles au siècle dernier. Une simple histoire magnifiée par une écriture vraie et nue, une liberté de ton rare, sinon inédite. Le roman est connu pour son propos sulfureux, Violette Leduc y décrivant sans fard les rapports sexuels lesbiens de ces deux jeunes femmes, Thérèse et Isabelle. Mais au-delà du scandale qui n’en est plus un — il était temps ! — Thérèse et Isabelle est un magnifique texte qui parle d’amour, des premiers pas dans l’amour, de la découverte de la sexualité, de son propre corps et du corps de l’autre, et de cet impérieuse nécessité de fusion qu’appelle l’amour, le tout portée par une poésie vive et sublime. Une histoire d’amour universelle. Par Anne 🔸

L’histoire du texte en lui-même, de son écriture à ses différentes éditions, porte en elle toute la nécessite qu’il y avait à l’écrire. Si aujourd’hui, on trouve Thérèse et Isabelle dans toutes les librairies, format de poche Folio, après que Gallimard l’a fait paraître en 2000 dans sa prestigieuse collection blanche, avec le bandeau publicitaire rouge affichant fièrement en lettres capitales « Le texte intégral du manuscrit de 1954 », ça n’a pas toujours été le cas. À l’origine, ce texte constitue la première partie du roman Ravages dans lequel Violette Leduc retrace les trois histoires d’amour de Thérèse, l’héroïne du roman, inspirées de sa propre vie. Il s’agit du premier roman de l’autrice, un travail de longue haleine qui lui a pris plusieurs années. Elle présente le roman en 1954 aux éditions Gallimard, avec l’appui de Simone de Beauvoir qui lui avait conseillé d’édulcorer certains passages jugés trop crus. Le roman est cependant jugé scandaleux, obscène, impossible à éditer en l’état, sous peine d’être traîné en justice. Plusieurs passages seront censurés, notamment ceux jugés trop érotiques ou trop explicites et le roman paraît en 1955, dépourvu de ce qui aurait pu le rendre aussi magistral que novateur : laisser à une femme le droit de parler en toute liberté de sexualité féminine.

 

Thérèse et Isabelle, Violette Leduc, Folio, 6.30€

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