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Sur une route du Kazakhstan, le narrateur et son compagnon de voyage sont arrêtés par deux policiers assez débonnaires et plutôt corruptibles. L’un des deux agents leur propose de choisir entre « amende formelle et informelle », pour excès de vitesse. Le narrateur hésite, marchande, façon moldave. Une offense au chef de l’État rendrait la situation plus pénible, prévient le policier. Un choix s’impose. Mon bourricot raconte les péripéties d’un voyage vers l’Est, horizon perpétuel de l’écrivain polonais Andrzej Stasiuk, l’auteur de Dukla, de Contes de Galicie, ou de Fado. Par Norbert Czarny

Un rien suffit pour offenser Noursoultan Nazarbaïev. Par exemple de soulager sa vessie sous un panneau à l’effigie de ce président qui, en 2016, gouverne le pays depuis vingt-six ans. Nos deux policiers mettraient bien cette faute et quelques années de prison sur le dos du voyageur polonais. Que l’on se rassure : le récit est au passé composé, et son auteur, Andrzej Stasiuk, est rentré dans les Beskides, à deux pas des Carpates évoquées dans Taksim (Actes Sud, 2011). Sans doute lirons-nous d’autres récits de ces virées à l’Est, ici, à travers l’Ukraine, la Russie et le Kazakhstan. Le but du voyageur est la Mongolie ; les premiers sommets du Tien Chan sont visibles à l’horizon. Le nom mythique de Tamerlan résonne. Celui d’un village où prendre de l’essence, pour le bourricot.

Pas un seul âne dans ce livre, mais beaucoup de voitures. Des marques inconnues dans nos contrées, à l’exception de Lada et de Fiat, sont évoquées. On pourrait en établir la liste, procédé que Stasiuk emploie à l’occasion, et dont on trouvera les plus beaux exemples dans Sur la route de Babadag (Christian Bourgois, 2007). La description d’un magasin tenu par des Chinois dans la puzsta hongroise était un sommet de poésie. Oui, poésie. Dès les premières pages de ce récit, en Pologne, il est question de Dobinsons à gaz, de motorisation, du V8 du ZiL 130 (très gourmand en carburant), de la Volga GAZ-24, et de combines pour revendre ces engins en enroulant le maneton de papier alu, avant de remettre le coussinet. L’auteur a rêvé de devenir mécanicien auto, chez Polski Fiat. La Pologne des années 70 finissantes a préféré l’orienter vers les automatismes industriels. Puis l’a mis en prison pour désertion, comme il le raconte dans Pourquoi je suis devenu écrivain (Actes Sud, 2013), qui relatait sa « reconversion » finale.


Andrzej Stasiuk, Mon bourricot. Trad. du polonais par Charles Zaremba. Actes Sud, 224 p., 22 €
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