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2019, Rouen, l’usine Lubrizol classée Seveso brûle. Aux bords de la Seine, on s’affole. La préfecture enquête. Les jours passent dans les vapeurs chimiques. Les fumées s’étendent jusque dans les cultures au nord. C’est la poisse, ces nuages noirs particulièrement dangereux. Les paysans protestent. Ils seront indemnisés. Quinze jours passent, l’actualité aussi. Les zones industrielles à risque sont bien surveillées, dit-on. Il n’y a pas d’habitation près des usines Seveso, entourées d’autoroutes, de voies rapides ou ferrées. Tournons la page. William Acker, lui, ne la tourne pas. Il sait que 30 caravanes, où vivent 25 familles, étaient collées à Lubrizol. Par Jean-François Laé 🔸

Les caravanes de Lubrizol n’ont pas été évacuées, et à quoi bon, « ce ne sont pas des maisons d’habitation », répondait à l’époque la préfecture de Rouen, « on ne les a pas recensés car ce ne sont pas des habitants ». « Surtout restez bien enfermés dans vos caravanes », leur disait-on. Tout est dit ? Non, l’enquête commence. William Acker, juriste, saisit à bras-le-corps « ces gens-là » au cœur des risques industriels, en caravane. Un milieu qu’il connait bien par ses attaches familiales, son grand-père et ses parents, ses souvenirs de voyage de ville en ville, trois fois l’an, suivant les activités et les saisons.

Acker est furieux, ça recommence, même l’explosion d’une usine Seveso ne suffit pas à voir que s’y logent des « gens du voyage » – il préfère dire des « voyageurs ». C’est toujours la même chose, là où le sol tremble, où les odeurs attaquent, où les bruits sont incessants, on a installé ces fameuses zones aménagées pour « ces gens-là », ces gens qui brouillent les codes, ces gens insaisissables, ces gens qui traversent les institutions de papier.

Savez-vous où ils logent ? Acker décide de les recenser. Il se saisit des schémas départementaux relatifs à l’accueil et à l’habitat des « gens du voyage » afin de dresser un recensement cartographique exhaustif, plan aérien à l’appui, des emplacements obligés pour Manouches, Yéniches, Roms et Gitans, qu’il suit de département en département.


William Acker, Où sont les “gens du voyage” ? Inventaire critique des aires d’accueil. Éditions du Commun, 448 p., 18 €
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