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Par Gilles Costaz 🔸 Sibilla Aleramo a 30 ans quand paraît Une femme, son autobiographie romancée, en 1906. Elle n’avait jamais écrit auparavant ; elle n’avait jamais imaginé qu’elle deviendrait une figure importante de la littérature italienne de la première moitié du XXe siècle, et l’une des premières voix du féminisme dans son pays. Même bourgeoise, même évoluant dans un monde favorisé, elle était, comme tant d’autres, programmée pour la procréation et l’obéissance. Dans Une femme, elle raconte comment elle a quitté le Piémont pour accompagner son père qui partait diriger une usine dans le centre du pays, puis a épousé l’un des cadres de l’entreprise, qui l’a dominée, trompée, méprisée. En donnant forme à ses émotions et à ses réflexions sur le papier, elle apprend à se défendre — elle quitte époux et enfant — et à affûter une plume de journaliste, puis d’écrivaine.

« Pauvre vie, mesquine et aveugle, à laquelle on tenait tant !, écrit-elle. Tout le monde s’en accommodait : mon mari, le docteur, mon père, les socialistes et les prêtres, les jeunes filles chastes et les prostituées ; chacun tenait à son mensonge avec résignation. » Dans ce livre-charnière, qui connut immédiatement un grand succès et fut l’un des quatre premiers ouvrages publiés en France par les éditions Des femmes en 1974, ce ne sont pas les propos militants qui touchent le plus aujourd’hui, mais l’introspection brûlante qui traverse des moments d’égarement avant d’atteindre à la clarté de la révolte.

 

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