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Dans « Le Vagabond des étoiles », son testament littéraire, Jack London se livre à une observation des mouches que ne renieraient pas les éthologues contemporains. On lira ici cette étonnante description Par Anne Crignon

 

1914. Jack London se sait mourant et se lance dans le récit d’un homme prisonnier des geôles de San Quentin (Californie), nommé Darell Standing, condamné pour un crime qu’il n’a pas commis et dont la force d’esprit lui vaut la haine d’un surveillant et la camisole de force. Jack reste ainsi London jusqu’à son dernier souffle avec une plume trempée dans la plaie pour décrire le sadisme qui s’exerce sans contrôle sur les « classes dangereuses ». En compagnie des mouches, le reclus les observe et se dit que chacune est « un individu à part entière », l’une indolente, l’autre nerveuse, une troisième joueuse, une autre « maussade et renfrognée ». Comme souvent, l’auteur de « Martin Eden » a quelques trains d’avance car il écrit ceci un siècle avant la découverte de la personnalité propre des individus au sein d’une même espèce. Voici cet étonnant passage du « Vagabond des étoiles », offert à nos lecteurs par les éditions Libertalia.

A.C.

 

Ne pas leur faire de mal

« Et le temps passait, toujours plus long et pesant. J’ai appris à jouer avec les mouches qui pénétraient dans ma solitude avec la lumière tamisée du jour. Et c’est ainsi que j’ai appris que les mouches aimaient jouer. Par exemple, tandis que j’étais allongé sur ma paillasse, je traçais mentalement une ligne imaginaire le long d’un mur, à un mètre de hauteur. Quand les mouches restaient posées sur le mur au-dessus de cette ligne, je les laissais en paix. À l’instant où elles la franchissaient, je tentais de les attraper. Je prenais garde à ne pas leur faire de mal et elles ont vite appris où se trouvait cette ligne invisible. Lorsqu’il leur prenait l’envie de jouer, elles se risquaient au-dessous de la ligne et, pendant une heure d’affilée, une seule mouche pouvait se mesurer à mon habileté. Quand elle se fatiguait, elle revenait sagement se poser au-dessus de la ligne, dans leur territoire.

Le Vagabond des étoiles. Contes de la camisole, par Jack London, traduit de l’anglais par Philippe Mortimer, Libertalia, 474 p., 15 euros.

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