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Qu’est-ce que la littérature ? À une époque où elle n’est plus une « fin » en soi, un art coupé des contingences du monde social, cet essai ouvre la réflexion. Par Juliette Cerf 🔸

« Les néo-auteurs, pas le moins du monde intimidés, exercent leur droit à écrire comme s’il s’agissait d’un droit de l’homme »… En 2002, l’essayiste antimoderne Philippe Muray décochait ses flèches, fielleuses à souhait, contre cette littérature « d’encouragement », tout bonnement qualifiée de « nuisance imprimée », dont la banalité décomplexée, mise à la portée de tous, et désormais de toutes (car il visait alors Christine Angot…), lui faisait regretter la haute littérature du passé, « en tant que contrainte, intimidation, inhibition » — une littérature « d’empêchement », glorieuse tour d’ivoire visitée par une aristocratie d’auteurs élus, lettrés (con)sacrés par leur dévotion littéraire, coupée des contingences du monde social. Vingt ans plus tard, alors qu’un Gabriel Matzneff vient, dans le sillage du mouvement #MeToo, d’être mis au pilori par le livre-charge de Vanessa Springora, Le Consentement, Philippe Muray ne peut que se retourner dans sa tombe…

C’est cette rupture majeure entre une littérature vue comme une « fin » en soi, pratique divinisée située au-­delà des lois de la cité, et une littérature entendue comme un « moyen », allant jusqu’à vouloir « conforter la démocratie et produire de nouvelles civilités », que met en scène L’Idée de littérature. 

| Éd. Corti, coll. Les Essais, 400 p., 26 €.

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