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 Le complotisme, décrit par la chercheuse du CNRS, répondrait à la Schadenfeude ou jubilation devant la catastrophe. Par Emmanuel Lemieux 🔸

Le conspirationnisme ou complotisme est désormais une véritable industrie de la recherche scientifique. Des tonnes d’ouvrages le cernent et le dénoncent, le plus souvent à peu de frais. Dans un court essai, Sylvie Taussig, chercheuse au CNRS et prolifique essayiste des questions religieuses, tente de se frayer un chemin un peu original au milieu d’une cartographie des savoirs déjà très maillée. Le Système du complotisme ne déconcertera pas celles et ceux qui lisent notamment les contributions régulières de l’auteure pour Les Influences. Ce qui l’intéresse particulièrement ici est la description des mécanismes intellectuels producteurs de complots. Elle écarte ainsi la généralisation de l’idée paresseuse (et très conspirationniste des anti-conspirationnistes) d’ «un complot mondial de diffusion du complotisme pour saper la démocratie ». Ce phénomène, selon elle, aurait plutôt à voir avec la mondialisation, et notamment « une mondialisation des spiritualités, des causes et des croisades ». Il ne serait pas uniquement attaché à l’Occident, mais se constituerait en une grande variété de combinaisons d’ « éléments de culture locale et d’éléments déculturés ». Les petites et petits Alain Soral, sans oublier les adeptes de Qannon, se repèrent un peu partout sur la planète, même si le livre se concentre particulièrement sur les effets dans le monde occidental et cet exosquelette de la diffusion de masse qu’est Internet. Spectaculaire : la raison cartésienne qui a surgi dans les convulsions d’un XVIIe siècle tourmenté et furieusement mystique est considérée comme un virus des puissants que le conspirationnisme tord et détourne par des moyens rhétoriques pour affaiblir sa puissance. 

 

Le Système du complotisme, Sylvie Taussig, Bouquins, 188 p., 18 €. Paru mai 2021.

 

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