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Par Didier Smal 🔸

Philip Pullman (1946), avec la trilogie À la Croisée des mondes, a créé non seulement un phénomène éditorial à succès désormais transformé en série télévisée (après l’adaptation cinématographique du premier tome, sous le titre de La Boussole d’or, qui fut boudée par le public) et en bande dessinée, mais surtout un univers narratif à la fois complexe et cohérent, ce qui lui donne une paradoxale évidence. Pour faire simple, disons que Pullman, dont les romans ont été publiés en français par Gallimard tant sous l’étiquette « SF » que « Folio Junior » ou tout simplement « Folio », a brouillé les pistes avec intelligence : les romans de l’univers dans lequel Lyra Parle-d’Or évolue relèvent-ils de la science-fiction, de la fantasy, de la littérature à destination de la jeunesse, du roman d’aventure ou de la méditation sur l’existence d’univers parallèles avec un détour par un rien de physique quantique, et une magnifique tendance à dire des choses essentielles et puissantes sur la vie, en nous et autour de nous ? Bien malin qui pourrait répondre de façon absolue – mais bien moins malin qui omettrait l’essentiel :

ces romans sont avant tout de grands, d’énormes plaisirs de lecture, servis en français par le travail impeccable de Jean Esch – dont on viendrait presque à suivre les publications, tant on sait son attrait pour les littératures « populaires » et intelligentes à la fois, tant on sait aussi l’élégance et la limpidité de son style (oui, on peut parler du style d’un traducteur, peut-être même un bon traducteur est-il avant tout un grand styliste de la langue dans laquelle il traduit). D’aucuns, amateurs de « vraie » littérature, s’ingénieraient à souligner les pseudo-facilités de Pullman, dont l’abondance de dialogues, qui peuvent expliquer la fluidité des récits ; ce serait oublier que ces dialogues sont, tout comme chez Rowling ou Pratchett par exemple, de véritables échanges, qui dynamisent le récit et donnent de précieuses explications vues à hauteur des protagonistes, entre des personnages à qui on peine à ne pas accorder pleine existence.

La Trilogie de la PoussièreLivre 1, La Belle Sauvage (Folio, avril 2021, 544 pages, 9,30 €), & Livre 2, La Communauté des esprits (Gallimard, septembre 2020, 656 pages, 22 €), Philip Pullman, trad. anglais, Jean Esch

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